Partagez !
Share On Facebook

Tai Chi Chuan Bruxelles / Yun Shou /  article / Quatre extraits de Lie Tzi

 

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Beijing Baiyunguan 1940r

 

Moine taoïste au Beijing Baiyunguan en 1940

 

 

 

Quatre extrait du Lie Tzi 

traduit par Léon Wieger S.J (1856-1933)

dans « Les pères du système taoïste »

Les Humanités d’Extrême-Orient, Cathasia, série culturelle des Hautes Études de Tientsin,  LES BELLES LETTRES, Paris, 1950, 522 pages.

 

 

 

Un jeune homme qui habitait au bord de la mer, aimait beaucoup les mouettes. Tous les matins, il allait au bord de la mer pour les saluer, et les mouettes descendaient par centaines, pour jouer avec lui. Un jour le père du jeune homme lui dit :

 

— Puisque les mouettes sont si familières avec toi, prends en quelques-unes et me les apporte, pour que moi aussi je puisse jouer avec elles.

 

Le lendemain le jeune homme se rendit à la plage comme de coutume, mais avec l’intention secrète d’obéir à son père. Son extérieur trahit son intérieur. Les mouettes se défièrent. Elles se jouèrent dans les airs au-dessus de sa tête, mais aucune ne descendit. Le meilleur usage qu’on puisse faire de la parole, c’est de se taire. La meilleure action, c’est de ne pas agir. Vouloir embrasser tout ce qui est connaissable, ne produit qu’une science superficielle.

 

 

 Yang-tchou allant à P’ei et Lao-tzeu allant à Ts’inn, les deux se rencontrèrent à Leang. A la vue de Yang-tchou, Lao-tzeu leva les yeux au ciel, et dit avec un soupir :

 

— J’espérais pouvoir vous instruire, mais je constate qu’il n’y a pas moyen.

 

Yang-tchou ne répondit rien. Quand les deux voyageurs furent arrivés à l’hôtellerie où ils devaient passer la nuit, Yang-tchou apporta d’abord lui‑même tous les objets nécessaires pour la toilette. Ensuite, quand Lao-tzeu fut installé dans sa chambre, ayant quitté ses chaussures à la porte, Yang-tchou entra en marchant sur ses genoux, et dit à Lao-tzeu :

 

— Je n’ai pas compris ce que vous avez dit de moi, en levant les yeux au ciel et soupirant.

 

Ne voulant pas retarder votre marche, je ne vous ai pas demandé d’explication alors. Mais maintenant que vous êtes libre, veuillez m’expliquer le sens de vos paroles.

 

— Vous avez, dit Lao-tzeu, un air altier qui rebute ; tandis que le Sage est comme confus quelque irréprochable qu’il soit, et se juge insuffisant quelle que soit sa perfection.

— Je profiterai de votre leçon, dit Yang-tchou, très morfondu.

 

Cette nuit là ­même Yang-tchou s’humilia tellement, que le personnel de l’auberge qui l’avait servi avec respect le soir à son arrivée, n’eut plus aucune sorte d’égards pour lui le matin à son départ. (Le respect des valets étant, en Chine, en proportion de la morgue du voyageur.)

 

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Beijing Baiyunguan 1940 / Moine taoïste

 

Moine taoïste (Chine, même époque)

 

 

Yang-tchou passant par la principauté de Song, reçut l’hospitalité dans une hôtellerie. L’hôtelier avait deux femmes, l’une belle, l’autre laide. La laide était aimée, la belle était détestée.

 

— Pourquoi cela ? demanda Yang-tchou à un petit domestique.

— Parce que, dit l’enfant, la belle fait la belle, ce qui nous la rend déplaisante ; tandis que la laide se sait laide, ce qui nous fait oublier sa laideur.

— Retenez ceci, disciples ! dit Yang-tchou. Etant sa­ge, ne pas poser pour sage ; voilà le secret pour se faire aimer partout.

 

 

 

Un bûcheron de Tcheng qui faisait des fagots, rencontra un chevreuil égaré, qu’il tua et cacha dans un fossé sous des branchages, comptant revenir l’enlever en cachette. N’ayant pu retrouver l’endroit, il crut avoir rêvé, et raconta l’histoire. Un de ses auditeurs, suivant ses indications, trouva le chevreuil et le rapporta chez lui. Le rêve de ce bûcheron était réel, dit‑il aux gens de sa maison. Réel pour toi, dirent ceux‑ci, puisque c’est toi qui as eu l’objet.

 

Cependant, la nuit suivante, le bûcheron eut révélation, en songe, que son chevreuil avait été trouvé par un tel, qui le cachait dans sa maison. Y étant allé de grand matin, il découvrit en effet le chevreuil, et accusa un tel par devant le chef du village. Celui‑ci dit au bûcheron :

 

— Si tu as tué ce chevreuil étant en état de veille, pourquoi as‑tu raconté que tu l’as tué en rêve ? Si tu as tué un chevreuil en rêve, ce ne peut pas être ce chevreuil réel. Donc, puisqu’il ne conteste pas que tu as tué la bête, je ne puis pas te l’adjuger. Par ailleurs, ton adversaire l’ayant trouvée sur les indications de ton rêve, et toi l’ayant retrouvée par suite d’un autre rêve, partagez‑la entre vous deux.

 

Le jugement du chef de village ayant été porté à la connaissance du prince de Tcheng, celui‑ci le renvoya à l’examen de son ministre. Le ministre dit :

 

— Pour décider de ce qui est rêve et de ce qui n’est pas rêve, et du droit en matière de rêve, Hoang-ti et K’oung‑K’iou sont seuls qualifiés. Comme il n’y a actuellement ni Hoang-ti ni K’oung‑K’iou pour trancher ce litige, je pense qu’il faut s’en tenir à la sentence arbitrale du chef de village.

 

 

Print This Post Print This Post Email This Post Email This Post

Autres cours au Dojo

Articles & Textes

Cours d’initiation septembre 2015

Partagez !
Share On Facebook

 

Cours d’initiation le 13 septembre de 10 à 13h. Renseignez-vous….