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Tai Chi Chuan Bruxelles / Les Jésuites en Chine

 

Matteo Ricci et Xu Guangqi, haut fonctionnaire chinois baptisé

 

 

Nous avons publié ailleurs sur ce site une extrait d’une lettre du mère Amiot à un autre père jésuite en Europe. Il constitue la description très précise d’une fête commandée par l’empereur chinois à l’occasion du 60ème anniversaire de sa mère, sans doute en 1752. Voici ci-dessous l’introduction à cette lettre, que nous avons séparé dans un article à part entière car elle offre un intérêt en soi indépendamment de sa fonction introductive: le lien vers la lettre du père Amiot se trouve en bas de page.



Les lettres des pères jésuites en mission d’évangélisation en Chine entre les 16ème et 18ème siècles sont une source importante de renseignements sur la chine impériale. Ces hommes, animés, à degré divers, par la conviction religieuse sans doute, mais aussi par la pulsion impérieuse de découverte propre au européens, la soif de connaissance, l’ambition politique, ont passé leur vie sur place apprenant la langue et les usages.


Ils n’étaient pas les premiers. Les tentatives faites pour introduire le christianisme dans les contrées centrales et orientales de l’Asie remontent à plus longtemps. Dès le Ve et le VIe des évangélisateurs vont jusqu’au Tibet et en Mongolie et certains parviennent jusqu’à l’empire du Catay, comme on nommait alors la Chine septentrionale. Les Arabes, qui s’étaient mis en rapport avec la partie méridionale du même empire l’appelaient Sin ou Tsing, du nom de la dynastie qui régnait lors de leur découverte, et c’est ce nom arabe qui, adopté par l’Europe, est devenu le mot Chine.


Les premières descriptions des peuples mongols nous viennent de deux moines franciscains, Jean Carpin (né en Italie) et Guillaume de Rubruquis (brabançon), tous deux envoyés, l’un par Innocent IV en 1245 et l’autre par Louis IX en 1248 pour tenter d’amadouer le Grand Khan dont les hordes sans merci avait décimé la Hongrie. Plus tard, les Portugais excités par les récits de la famille vénitienne Paolo (donc Marco, fin 13è et début 14è siècles) vont chercher à s’installer en Chine pour y commercer en passant pas Goa, Macao.


Les tentatives d’évangélisation deviennent significatives avec l’arrivée des jésuites dont les figures marquante sont les pères Ricci, Schall et Verbiest, tout trois regardés comme les fondateurs des missions chrétiennes en Chine. Il faut souligner que les jésuites n’aurait sans doute pas pu persister dans leur mission s’ils n’avait pas également apporté dans leur besace la science européenne (dans l’état de l’époque), et en particulier les mathématiques qui vont à plusieurs reprises leur servir de véhicule à la bienveillance des empereurs chinois. Comme quoi Dieu fait feu de tout bois, y compris celui de la raison.


Il semble que les jésuites aient été extrêmement séduits pas la civilisation des chinois ce qui leur causa beaucoup de problèmes avec l’Eglise de Rome. Ainsi le père Le Conte, arrivé sur place peu avant la mort Ferdinand Verbiest, soutient dans ses  » Nouveaux mémoires sur l’état présent de la Chine » que les anciens Chinois descendaient « probablement de Noé et qu’ils vénéraient Dieu; qu’ils s’étaient laissés égarer du droit chemin par le Buddha et par un Laozi dont, pourtant, le célèbre verset sur le Dao (qui produit le Un, le Un le Deux, le Deux le Trois, et le Trois tous les êtres)  semblait marquer en lui quelque connaissance de la Trinité » …. et qu’il était regrettable que l’on ne prenne « pas garde que la Chine a conservé plus de deux mille ans la connaissance du vrai Dieu et pratiqué les maximes les plus pures de la morale, tandis que l’Europe et presque tout le reste du monde était dans l’erreur et la corruption »… On voit que la relativisation de l’idée d’une primauté ontologique de la culture européenne ne date pas d’aujourd’hui et que les jésuites, premiers ethnologues en quelque sorte, en sappant chez les Chinois l’idée d’une Chine centrale dans l’univers, (voir illustration ci-dessous) provoquait du même coup une mise en question identique du côté européen.



tai chi chuan Bruxelles / J A Schall

 

Les chinois n’aiment pas le globe qu’apporte Johan Adam Schall

car l' »Empire du Milieu » y perd son statut privilégié



Le père Matteo Ricci, né près d’Ancône en 1552 étudie les mathématiques et le droit avant d’entrer au noviciat des jésuites en 1571 ou il a pour maître le célèbre père Alexandre Valignan, qui avait développé un véritable concept stratégique d’évangélisation pour la Chine, basé, entre autre, sur l’apprentissage de la langue, l’établissement de liens d’amitiés et d’étude avec la classe dirigeante des lettrés, l’apport des sciences et technologies européennes et surtout la mise à découvert de traits monothésites dans la structure des croyances indigènes. Inspiré par son mentor, il n’a de cesse de le suivre en Chine et aura la rare permission impériale de séjouner à Pékin dès 1601. Il y reste jusqu’à sa mort (57 ans), ayant fait admettre aussi bien en Europe qu’en Chine que le Confucianisme ancien (étudié dans les textes) contenait une forme de monothéisme, ce qui permettait au lettrés confucéens (la plupart) de le rester tout en devenant par ailleurs chrétien. Où on voit que les voies de Dieu peuvent être machiavéliennes. Ricci publiera de nombreux textes et son nom reste attaché à un institut d’études chinoises toujours actif (Institut Ricci)


Tai chi chuan Bruxelles / johan Adam Schall

 

Le père Johan Adam Schall von Bell, astronome et jésuite, né à Cologne en 1591 eu une vie mouvementé en Chine pendant une période ou le pouvoir impérial passe au mains des tatars (Mandchous). Après avoir travaillé avec les astronomes chinois (qui avait développé depuis longtemps une astronomie très développée) du dernier empereur Ming, il devient le professeur et l’ami du nouvel empereur mandchou Shunzhi (1644-1661) qui le fait mandarin de 1ère class et président du Tribunal des Mathématiques (?). Ensuite, après avoir été mis en cause par Rome pour s’être intéressé avec trop d’ardeur aux « superstitions » des Chinois, il a des problèmes avec le nouvel empereur Mandchou qui le condamne à mort. Il ne sera pas exécuté mais meurt peu après (1666). Les autres missionnaires sont emprisonnés et envoyés loin de Pékin.


 

Le père Ferdinand Verbiest, belge Tai Chi Chuan Bruxelles / le-père-ferdinand-verbiestné en 1623 près de Courtrai,devenu prêtre après avoir étudié la philosophie et l’astronomie et arrivé en Chine 1658, est rappelé à Pékin par l’empereur de l’exil à Canton ou sont contraints les jésuites. Ce sont encore les compétences en mathématiques des européens qui intéressent les Chinois pour résoudre à nouveau un problème de calendrier (chose importante en Chine). Le père Verbiest qui s’exécute avec beaucoup de diplomatie et de perspicacité en profite pour faire revenir en grâce la religion chrétienne au yeux du pouvoir chinois (1671). Il convainc l’empereur de faire réexaminer son cas par un tribunal qui décide que cette religion avait été condamnée mal à propos; qu’elle était bonne, et qu’elle ne contenait rien de contraire au bien de l’État ; qu’ainsi la mémoire du père Adam Schall, qui avait été flétrie pour l’avoir prêchée, devait être réhabilitée ; les grands, dépourvus de leurs charges pour l’avoir suivie, rétablis ; les prêtres européens rappelés, etc. Le père Verbiest est l’auteur de la première gramaire de mandarin. Il meurt d’une chute de cheval.


Le père Jean Joseph Amiot, quant à lui, jésuite, érudit comme il se doit (philosophie, hydrographie, astronomie, mathématiques) né en 1718 à Toulon, passe l’essentiel de sa vie en Chine (il y meurt en 1793) à la court de l’empereur Qianlong. Surtout, il étudie la culture et l’histoire des Chinois, le travail d’évangélisation étant devenu presque impossible (incompatibilité avec les chinois, problèmes politique des Jésuites avec l’Eglise…). On lui doit un rapport très précieux sur la musique chinoise et les notations en vigueur à l’époque et aussi la première traduction du Sun Tzu (Art de la Guerre, que nous avons publié sur le site) qui témoigne sans conteste de sa grande intelligence.



Tai Chi Chuan Bruxelles / image 134

 

Joueur du King

Illustration extraite de l' »Etude sur la musique des Chinois »


Lien vers la lettre du père Amiot…..



 

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