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Kokin Mizou kufuu no Yuurei by Kunisadaweb



Nouvelle historiette tirée du Yuewei caotang biji (littéralement : les Notes au fil du pinceau de la chaumière où scruter les mystères subtils, ou Notes de la chaumière de la subtile perception) recueil de la fin du 18ème siècle de Ji Yun (Ji Xiaolan, 1724-1805). Pour en savoir plus, consultez le premier article.



Histoire que m’a contée le ministre des Revenus Cao Zhuxu.

 

Son cousin, se rendant de She [au Anhui] à Yangzhou, fit en cours de route halte chez un ami. C’était en pleine canicule, et l’autre l’invita à s’asseoir dans le cabinet d’étude, fort vaste et frais ; le soir venu, Cao eut grande envie d’y installer sa couche, mais son ami lui dit :

 

– Il y a ici un gobelin, et y passer la nuit est impensable !

 

Pourtant, Cao voulut à toute force y rester. À minuit, une créature se glissa en ondulant par la fente de la porte ; mince comme une feuille de papier, une fois dans la pièce, elle se déploya progressivement jusqu’à avoir allure humaine : c’était une femme. Cao n’éprouvant pas la moindre peur, la créature ébouriffa soudain ses cheveux et tira la langue, figurant un démon pendu ! Cao lança dans un rire :

 

– Ce sont toujours des cheveux, juste un peu en désordre ; et c’est toujours une langue, juste un peu longue : quoi d’effrayant dans tout cela ?

 

Tout à coup, elle empoigna sa tête et la déposa sur la table ! Cao rit derechef et reprit :

 

– Tu n’avais déjà rien d’effrayant avec une tête, à plus forte raison sans tête !

 

A bout de ressources, la démone s’évanouit en quelques instants. Sur le chemin du retour, Cao s’arrêta de nouveau au même endroit, et à minuit, juste comme la créature ondulante passait la tête par la fente de la porte, il s’exclama avec un crachat de mépris :

 

Quoi, encore cette répugnante créature ? Et finalement, elle n’entra point.

 

Voilà qui n’est pas sans évoquer l’aventure de Ji Kang ; et puis, on dit que les tigres ne dévorent pas les ivrognes, ces derniers ignorant la peur. D’une façon générale, quand on a peur, le cœur bat la chamade ; quand le cœur bat la chamade, l’esprit s’éparpille, et quand l’esprit s’éparpille, les démons en profitent pour occuper le vide. Quand on n’a pas peur, le cœur est ferme ; quand le cœur est ferme, l’esprit est intact, et quand l’esprit est intact, les forces délétères n’ont pas prise sur lui. C’est pourquoi celui qui rapporte l’aventure de Ji Kang écrit que « devant son esprit et sa volonté d’une sereine lucidité, le démon, honteux, céda ».

 

 

Extrait de Études chinoises, vol. XIII, n° 1-2, printemps-automne 1994, Jacques Dars, Directeur de recherche au CNRS


 


 

 

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